La perception

Les objets, le monde, ce que nous appelons le réel, se donnent à nous. Ils se livrent, « communiquent » avec nous. Nous les recevons, nous en sommes conscients. Dans cette réception des choses nous sommes passifs. Ainsi nous voyons les choses, les sentons, les entendons par nos sens. Les choses produisent donc en nous des sensations. Comme nous l’avons dit, dans l’acte de recevoir ces sensations nous sommes passifs.
Cependant, nos sensations ne sont jamais pures. Là où nous pensons être totalement passifs, notre entendement opère. Là où nous pensons que tout se trouve dans les choses, une partie de nos perceptions provient de notre entendement. C’est la différence entre sensation (pure) et perception. Nos perceptions ajoutent à la sensation quelque chose provenant de l’entendement.
Dans nos perceptions, tout ne provient pas des choses. Par exemple, le fait de voir les choses en 3 dimensions avec leurs reliefs, c’est-à-dire la perspective. Notons déjà que le stéréoscope démontre que la vision en perspective se fonde dans le cerveau : 2 images planes et identiques placées dans un appareil optique selon un certain angle sont perçues en 3 dimensions. La perception de l’espace ne nous est pas donnée telle quelle, nous la construisons. D’autre part, lorsque nous voyons un objet se rapetisser en s’éloignant, nous savons qu’il s’agit d’un effet de perspective, nous pouvons même l’anticiper. Nous n’imaginons pas que cet objet diminue en taille… De même avec des objets de tailles différentes dont le plus petit et le plus proche couvre le second plus grand et plus lointain, telle une éclipse solaire. L’exemple de l’éclipse est très illustratif : sans les connaissances astronomiques nécessaires, l’éclipse sera perçue différemment d’aujourd’hui. Jadis, on pouvait penser que le soleil disparaissait avant de renaître.
Ainsi, nous percevons les formes et les distances (nous percevons physiquement l’espace grâce aux anticipations de notre entendement), nous ne le « sentons » pas. Car notre entendement y est déjà à l’œuvre alors même que nous croyons qu’elles sont données pures provenant de l’extérieur. L’entendement ajoute donc quelque chose à la sensation pure qui devient perception. Un entendement vierge ne percevrait pas les effets de perspective, ni les éclipses. A vrai dire, il ne percevrait rien. Il serait uniquement le réceptacle de sensations pures.

Sensation: c’est l’impression pure et immédiate que fait sur nous un objet extérieur (couleur, bruit, etc.) ou intérieur (mal de dents, brûlure, etc.). La sensation est un état intellectuel, donc implique au moins un début de connaissance.

Perception : J’entends un bruit. Je dis : la cloche sonne. Comment puis-je savoir que ce bruit est celui que fait cet objet de fer ou de bronze, vaguement piriforme, résistant, que j’appelle cloche ? C’est qu’à la sensation que ce bruit a produite en moi s’ajoutent des souvenirs, des jugements inconscients. Ces souvenirs, pour ne parler que d’eux, sont des émissaires que j’envoie au-devant de la sensation présente pour l’interpréter ; on les appelle d’un mot facile à comprendre, des préperceptions. Le résultat de la sensation élaborée par les préperceptions c’est la perception. L’adulte n’a presque plus de sensations pures, il n’a guère que des perceptions.

Il fait bien la différence entre sensation et perception. Il semble donc y avoir une confusion lorsque nous employons le mot sensation. Dès lors que les souvenirs, l’anticipation, le raisonnement, l’éducation, etc., interviennent pour élaborer les sensations, elles font place à la perception.

Voir, entendre, sentir… sont déjà plus que des sensations mais de la perception.

Lenoble dit que l’adulte n’a presque plus de sensations. Je me demande si on ne peut pas dire qu’il n’en a plus du tout. Ainsi, même une seule face du cube constitue une perception : nous percevons cet agrégat de matière parcouru de fibres et de nœuds comme une planchette de bois carrée et peinte. Même lorsque j’ai en main un éclat de cette planche, un morceau de fibre, sa texture, son odeur, sa dureté, sa rugosité, son odeur, etc., me font dire qu’il s’agit d’un éclat de bois. Il y a donc déjà unification, souvenir, etc.

Dans tout ce que nous voyons, entendons, sentons, il y a une union des sensations en perceptions, qui est une opération de l’entendement. Des données brutes nous arrivent mais elles ne resteront jamais brutes. Toujours, notre entendement opérera en unifiant, structurant, anticipant.] Je perçois donc le cube avec toutes ses faces, sa couleur, ses dimensions, ses motifs…

Nous ne pouvons nous débarrasser de notre entendement pour savoir ce que cela serait de connaître une sensation pure. C’est inexpérimentable. Je pense qu’Alain disait que cela serait comme essayer de se souvenir de ses premiers jours de vie… Depuis lors nous avons appris à structurer et anticiper et nous ne pouvons savoir ce que cela serait sans. Connaître de la sensation pure est impossible car nous ne pourrons jamais faire abstraction de notre entendement. Il faudrait comme cesser de penser, redevenir nouveau né.

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